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Violences sexuelles : ni pulsion, ni fatalité

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Analyse · Violences sexuelles
Ce texte met en relation des faits, des chiffres et des comparaisons pour en tirer une conclusion. La conclusion est celle de la rédaction ; les faits et les chiffres sur lesquels elle repose sont sourcés et vérifiables. Voir la différence entre fiches et analyses.
Dernière mise à jour : 6 octobre 2026
La recherche en sciences sociales et en psychologie montre que le viol n'est pas le produit d'une pulsion incontrôlable, mais de rapports de pouvoir, de normes sociales et d'inégalités entre les sexes. Ce qui est social peut être combattu par des politiques publiques.


Le mythe de la pulsion

Une idée répandue présente le viol comme l'acte d'un homme submergé par un désir sexuel qu'il ne peut contrôler, souvent un inconnu dans un lieu isolé. Les données contredisent ce récit :

  • La plupart des agresseurs connaissent leur victime : conjoint, ex-conjoint, membre de la famille, collègue, ami.[1][2]
  • Les agresseurs ne sont pas privés de sexualité : beaucoup ont des relations consenties par ailleurs. Le psychologue clinicien Nicholas Groth, après avoir étudié plus de 500 condamnés, conclut que le viol sert d'abord à exprimer la colère, le pouvoir et la domination, la sexualité étant le moyen plutôt que le but.[3]
  • Quand on interroge les auteurs eux-mêmes, leur première justification n'est pas un désir irrépressible mais le sentiment d'y avoir droit. C'est la conclusion d'une vaste étude de l'ONU menée auprès de plus de 10 000 hommes dans six pays d'Asie et du Pacifique.[4]

Ce que montrent les recherches

Des sociétés avec et sans viol

L'anthropologue Peggy Reeves Sanday a comparé 156 sociétés. Elle a trouvé de fortes différences de fréquence des viols d'une société à l'autre. Les sociétés où le viol est fréquent sont celles où les hommes dominent les femmes, où la violence entre personnes est valorisée et où les femmes ont peu de place dans la vie publique.[5] Si le viol venait d'une pulsion masculine universelle, sa fréquence ne varierait pas autant selon l'organisation de la société.

L'inégalité entre les sexes

Les sociologues Larry Baron et Murray Straus ont comparé les États américains. Ils ont trouvé que les taux de viol sont plus élevés là où l'inégalité économique, juridique et politique entre femmes et hommes est plus forte, même en tenant compte d'autres facteurs.[6]

Les mythes sur le viol

La psychologue Martha Burt a montré en 1980 que l'adhésion à des « mythes sur le viol » (la victime l'a cherché, elle aurait pu résister, elle ment) est liée à l'acceptation de stéréotypes de genre et de la violence dans les relations.[7] Une méta-analyse de 37 études confirme que ces mythes sont plus répandus chez les personnes qui adhèrent à des rôles de genre traditionnels et à des attitudes hostiles envers les femmes.[8]

La masculinité hostile

Le modèle dit « de confluence » de Neil Malamuth, testé sur un échantillon national d'étudiants américains, identifie la masculinité hostile (méfiance et hostilité envers les femmes, désir de les dominer) comme l'un des principaux facteurs prédisant l'agression sexuelle.[9]

Le consensus international

L'Organisation mondiale de la santé classe parmi les facteurs de risque des violences sexuelles, au niveau de la société, les normes qui affirment la supériorité masculine et les droits sexuels des hommes, ainsi que la faiblesse des sanctions.[10]

Le débat scientifique

Pour être complet : quelques auteurs défendent une explication évolutionniste, qui fait du viol une stratégie reproductive. Le plus connu est l'ouvrage de Randy Thornhill et Craig Palmer (2000).[11] Cette thèse est minoritaire et largement critiquée, notamment parce qu'elle n'explique ni les viols d'enfants, de personnes âgées ou entre hommes, ni les écarts entre sociétés observés par Sanday.

Les chercheurs s'accordent sur le fait que les causes sont multiples (parcours individuel, alcool, contexte), mais les facteurs sociaux liés à la domination masculine et à l'inégalité entre les sexes reviennent dans la plupart des travaux. Le terme de patriarcat désigne précisément cet ensemble de normes et d'inégalités.

Ce que ça implique pour l'État

Si le viol relevait d'une pulsion incontrôlable, l'État ne pourrait que punir après coup. Parce qu'il relève de normes sociales et d'inégalités, il peut être prévenu : éducation à l'égalité et au consentement, formation des policiers et des magistrats aux mythes sur le viol, réduction des inégalités entre les sexes, sanctions effectives. L'ampleur des moyens que l'État y consacre est donc un choix politique, examiné dans l'analyse Violences sexuelles : une réponse de l'État insuffisante.

Références

  1. ↑ Elizabeth Brown, Alice Debauche, Christelle Hamel, Magali Mazuy (dir.), Violences et rapports de genre. Enquête sur les violences de genre en France (enquête Virage), Ined Éditions, 2020.
  2. ↑ Mary P. Koss, Christine A. Gidycz, Nadine Wisniewski, « The scope of rape: Incidence and prevalence of sexual aggression and victimization in a national sample of higher education students », Journal of Consulting and Clinical Psychology, vol. 55, n° 2, 1987, p. 162-170.
  3. ↑ A. Nicholas Groth, Men Who Rape: The Psychology of the Offender, New York, Plenum Press, 1979.
  4. ↑ Rachel Jewkes, Emma Fulu, Tim Roselli, Claudia Garcia-Moreno, « Prevalence of and factors associated with non-partner rape perpetration: findings from the UN Multi-country Cross-sectional Study on Men and Violence in Asia and the Pacific », The Lancet Global Health, vol. 1, n° 4, 2013, p. e208-e218.
  5. ↑ Peggy Reeves Sanday, « The socio-cultural context of rape: A cross-cultural study », Journal of Social Issues, vol. 37, n° 4, 1981, p. 5-27.
  6. ↑ Larry Baron, Murray A. Straus, « Four theories of rape: A macrosociological analysis », Social Problems, vol. 34, n° 5, 1987, p. 467-489.
  7. ↑ Martha R. Burt, « Cultural myths and supports for rape », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 38, n° 2, 1980, p. 217-230.
  8. ↑ Eliana Suarez, Tahany M. Gadalla, « Stop blaming the victim: A meta-analysis on rape myths », Journal of Interpersonal Violence, vol. 25, n° 11, 2010, p. 2010-2035.
  9. ↑ Neil M. Malamuth, Robert J. Sockloskie, Mary P. Koss, Jeffrey S. Tanaka, « Characteristics of aggressors against women: Testing a model using a national sample of college students », Journal of Consulting and Clinical Psychology, vol. 59, n° 5, 1991, p. 670-681.
  10. ↑ Organisation mondiale de la santé, Rapport mondial sur la violence et la santé, Genève, 2002, chapitre 6 : « La violence sexuelle ».
  11. ↑ Randy Thornhill, Craig T. Palmer, A Natural History of Rape: Biological Bases of Sexual Coercion, MIT Press, 2000.

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